Ils passent 6 heures par jour sur leur smartphone… mais 90 % ne repèrent pas un phishing

Par Stan Bouchet • 13 juin 2026 • 5 min de lecture

Ils passent 6 heures par jour sur leur smartphone… mais 90 % ne repèrent pas un hameçonnage

On présente souvent les jeunes comme des « digital natives », nés avec Internet et les réseaux sociaux. Pourtant, une vaste étude publiée par Pix en 2026 dresse un tableau bien plus nuancé. Vous allez découvrir pourquoi savoir utiliser un smartphone ne signifie pas, loin de là, maîtriser le numérique.

En résumé

  • À la fin du collège, près de 80 % des élèves maîtrisent les compétences numériques attendues : c’est plutôt rassurant.
  • En Terminale, ils ne sont plus que 24 % à atteindre le niveau attendu.
  • Environ 90 % des élèves de Terminale générale ne reconnaissent pas une tentative d’hameçonnage (phishing).
  • Des inégalités liées au genre et à l’origine sociale se creusent au lycée.

Des pros de TikTok… mais pas forcément du numérique

L’étude s’appuie sur les résultats de plus de 1,4 million d’élèves français ayant passé la certification Pix en 2025.

Premier constat : à la fin du collège, la situation est plutôt rassurante. Près de 80 % des élèves de troisième maîtrisent, ou sont proches de maîtriser, les compétences numériques attendues pour leur âge.

Mais le tableau se dégrade fortement quelques années plus tard. En Terminale, seulement 24 % des élèves atteignent le niveau attendu par l’Éducation nationale. Autrement dit, près de 2 lycéens sur 5 sont considérés comme éloignés du niveau de compétences numériques attendu à la sortie du lycée.

Utiliser un smartphone ne veut pas dire comprendre le numérique

C’est probablement la leçon la plus importante de cette étude. Savoir publier une vidéo, envoyer un message sur Snapchat ou regarder une série en streaming ne signifie pas forcément savoir :

  • reconnaître une arnaque en ligne ;
  • protéger ses données personnelles ;
  • collaborer efficacement sur des documents ;
  • utiliser un tableur ;
  • vérifier la fiabilité d’une information ;
  • comprendre les mécanismes des réseaux sociaux.

Le numérique moderne ne se résume pas à savoir utiliser des applications : il demande aussi des compétences critiques, techniques et citoyennes.

Le chiffre qui fait peur : l’hameçonnage

Le résultat le plus marquant concerne la cybersécurité. Selon l’étude, environ 90 % des élèves de Terminale générale ne parviennent pas à reconnaître correctement une tentative d’hameçonnage (phishing) — cette technique d’arnaque où un escroc se fait passer pour un organisme de confiance afin de vous soutirer vos données.

Or l’hameçonnage est aujourd’hui la porte d’entrée principale de nombreuses cyberattaques. En clair : la majorité des futurs étudiants et salariés pourraient avoir du mal à identifier un faux courriel cherchant à voler leurs identifiants.

Quand on sait que même de grandes entreprises tombent régulièrement dans ce piège, le constat mérite réflexion.

Le cyberharcèlement reste mal identifié

Autre enseignement préoccupant : en classe de troisième, seulement un élève sur deux est capable d’identifier correctement une situation de cyberharcèlement.

Même si les résultats progressent au lycée, la compréhension des mécanismes sociaux liés aux réseaux numériques reste incomplète. Or, savoir reconnaître un problème est souvent la première étape pour le signaler ou aider une victime.

Des inégalités qui apparaissent au lycée

L’étude révèle aussi un phénomène intéressant. En troisième, filles et garçons obtiennent pratiquement les mêmes résultats. Mais au lycée, un écart se creuse progressivement : en Terminale générale, 41 % des garçons atteignent le niveau attendu, contre 29 % des filles.

Pix ne conclut pas sur les causes exactes, mais évoque plusieurs pistes déjà observées dans la recherche :

  • la confiance en soi face aux technologies ;
  • les stéréotypes de genre ;
  • les choix d’orientation ;
  • les usages numériques en dehors de l’école.

L’origine sociale joue un rôle majeur

Comme pour de nombreux apprentissages, le contexte social reste déterminant. Les établissements accueillant les publics les plus favorisés obtiennent des résultats nettement supérieurs à ceux accueillant les publics les plus fragiles. L’écart atteint jusqu’à 75 points Pix selon les filières.

Autrement dit, l’accès au numérique ne suffit pas : l’accompagnement, l’environnement familial et les occasions d’apprentissage restent essentiels.

Ce que cette étude nous apprend vraiment

Le principal enseignement est simple : les jeunes savent utiliser le numérique, mais ils ne le maîtrisent pas toujours. La différence peut sembler subtile ; elle est pourtant fondamentale.

Utiliser un GPS ne fait de personne un cartographe. Utiliser ChatGPT ne fait pas automatiquement de vous un expert en intelligence artificielle. Et utiliser Instagram ne fait pas forcément de vous un citoyen numérique averti.

À l’heure où l’intelligence artificielle, la cybersécurité et les réseaux sociaux occupent une place croissante dans nos vies, développer ces compétences devient aussi important que savoir lire, écrire ou compter.

La bonne nouvelle ? Le collège semble aujourd’hui remplir une grande partie de cette mission. Le véritable défi commence ensuite : accompagner les adolescents jusqu’à l’entrée dans l’enseignement supérieur et le monde professionnel.

Et vous, par où commencer ?

Vous n’avez pas besoin d’attendre l’école pour agir. Le premier réflexe utile est d’apprendre, en famille, à repérer un courriel d’hameçonnage et à protéger vos comptes. Pour aller plus loin, découvrez nos conseils pour parler de cybersécurité aux enfants et aux ados et, si ce n’est pas encore fait, activez la double authentification (2FA) sur vos comptes.


Sources

Source principale

  • Observatoire Pix des compétences numériques, Les compétences numériques des élèves de 3e et Terminale en France – Analyse complète 2026.

Chiffres clés retenus

  • 79 % des élèves de 3e maîtrisent ou sont proches de maîtriser les compétences numériques attendues.
  • Seulement 24 % des élèves de Terminale atteignent le niveau attendu en fin de lycée.
  • 38 % des élèves de Terminale restent éloignés du niveau attendu.
  • 90 % des élèves de Terminale générale ne reconnaissent pas correctement une tentative d’hameçonnage.
  • 50 % des élèves de 3e identifient correctement une situation de cyberharcèlement.
  • Écart en Terminale générale : 41 % des garçons atteignent le niveau attendu contre 29 % des filles.
  • Écart pouvant atteindre 75 points Pix entre les établissements les plus favorisés et les plus défavorisés.

Article rédigé pour Le Singe du Numérique à partir des données de l’Observatoire Pix 2026.